La tempête de verglas de 1998 a été un moment déterminant dans ma vie et dans la vie de nombreuses autres personnes en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. Elle a secoué mon sens du leadership et de survie comme jamais auparavant. Elle m’a permis d’admirer la puissance de la nature et de mettre à l’épreuve mes techniques de survie en cette ère moderne de commodité et de confort. Elle m’a aussi forcé à sérieusement considérer, pour la première fois, les effets du changement climatique.

Pour ceux et celles qui n’en ont jamais eu l’expérience, la tempête de verglas de 1998 était un évènement météorologique sans précédent. Trente-cinq individus sont décédés et cinq millions de plus, incluant ma famille, se sont retrouvés privés d’électricité en plein hiver, dont certains pendant plus d’un mois. Plus de 600 000 personnes étaient forcées de résider dans des refuges, nos agriculteurs ont perdu plus de 300 000 animaux et l’ampleur de cette catastrophe sur notre infrastructure était effarante. En des plus 100 mm de granules de glace et de pluie verglaçante tombés dans la région, plus de 30 000 poteaux de bois d’hydroélectricité ont été brisés et plus de 1 000 pylônes métalliques se sont effondrés sous le poids de la glace. Les conséquences sur des millions d’arbres furent dévastatrices. C’était une tempête d’une force inégalée; les scientifiques ont commencé à la mentionner dans la même foulée qu’un nouveau concept à cette époque : changement climatique.

En janvier 1998, j’étais père d’une jeune famille – ma fille avait six ans alors que mon fils en avait quatre. Je travaillais pour le Ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario en tant que forestier responsable d’aider les propriétaires fonciers des zones rurales et urbaines dans la région d’Ottawa. Lors du premier jour de la tempête de verglas, je me suis rendu au travail en pensant (tout comme bien des gens) que le courant allait bientôt être rétabli. Après trois heures à classer des dossiers dans un bureau sombre sans téléphone, je me suis rendu compte que je serais plus utile ailleurs. J’ai donc passé les 11 prochains jours à faire de mon mieux pour aider ma famille, mes voisins et moi-même.

Au bout de quatre longues journées de tempête, nous nous sentions comme des survivants. Nous faisions fondre des paniers remplis de neige pour alimenter les toilettes. Nous nous aventurions dans la ville pour une douche. Nous faisions toutes sortes de choses bizarres : cuisiner sur un réchaud Coleman dans la cuisine, glisser (comme un nigaud) avec mon fils dans la cour arrière en toboggan lors de la première journée de tempête jusqu’à ce que je m’éclate le genou sur une épaisse couche de glace, aider mon voisin à dégager ses câbles électriques lesquels, sous le poids de la glace, avaient déchiré la tour hydro de sa maison. En m’appuyant sur la rumeur qu’Hydro-Québec contournerait toute maison qui n’avait pas dégagé ses lignes hydro, je me souviens avoir touché un petit arbre abattu sous le poids de la glace avec ma tronçonneuse et avoir regardé avec horreur alors que les jeunes arbres ont jailli violemment pour m’attaquer directement au genou. J’ai traîné la jambe avec étonnement (encore une fois) devant la puissance de la nature (et devant mes propres limites à opérer une tronçonneuse).

Je me souviens avoir écouté le son distinct du craquement branches d’arbres, tel celui du verre cassé ; admirer dans la nuit les étranges et lentes explosions bleues dans la distance, alors que des transformateurs commençaient à exploser. La glace avait verrouillé les interrupteurs en position ouverte et a provoqué le court-circuit des fils tombés qui ont surchauffé les transformateurs. Je me souviens avoir regardé mes haies de cèdres de 3 pieds de hauteur, couchés au sol (heureusement, ils ont récupéré depuis). Je me souviens être entré dans un Canadian Tire à Gatineau avec la tête (et l’odeur) d’un Sasquatch en survolant les chandelles et les batteries comme si j’étais le dernier humain survivant sur la Terre.

Quoiqu’il en soit, le plus grand changement est survenu après que la tempête de glace soit terminée, lorsque j’ai finalement pu quitter mon domicile-camping pour retourner au travail. Des milliers de résidents et de propriétaires fonciers avaient besoin de conseils et de directives concernant les milliers d’arbres tombés le long de leurs terrains. L’organisme pour lequel je travaille présentement, Arbres Canada, a lancé un important programme Opération Renouvert pour aider les propriétaires fonciers, les résidents et les municipalités à élaguer et à remplacer leurs arbres. Il n’y avait jamais eu une aussi grande demande de forestiers et d’arboristes. J’étais tout d’un coup responsable de techniciens et d’un bureau pour inspecter les propriétés et les arbres des résidents. Malheureusement, des légions d’escroqueurs arboricoles (connus comme des « Joe Chainsaw ») s’étaient déplacés, résidant dans des motels de la région et allant de porte à porte, menaçant les gens que leurs enfants seraient tués ou leurs maisons détruites s’ils ne payaient pas pour faire abattre leurs arbres. Dans plusieurs cas, ces arbres ne posaient aucun risque et étaient entièrement viables. Nous étions donc présents pour fournir des conseils plus prudents et pour permettre aux gens de comprendre que les tempêtes de glace faisaient elles aussi partie de la nature.

Pour environ six années suivant la tempête, lors de la tombée des feuilles à chaque automne, les tristes rappels de l’ampleur des dégâts causés par la tempête de glace revenaient encore à l’esprit de plusieurs personnes. Cet épisode m’a permis d’approfondir mes compétences en tant que gestionnaire et mes habiletés à aider ma famille, mes voisins et moi-même. Mais surtout, cela m’a permis de mieux apprécier l’attachement des gens à leurs arbres.

Aujourd’hui, je suis fier de faire partie d’Arbres Canada, un organisme qui continue d’aider les Canadiens à remplacer les arbres qu’ils ont aimés. Depuis notre fondation, nous avons remplacé des arbres perdus dans des inondations telles que celles au Saguenay, des ouragans tels qu’en Nouvelle-Écosse et des feux de forêt tels qu’à Kelowna C.-B. en 2003, Fort McMurray en 2016 et une nouvelle #OpérationRenouvert en 2017. Il s’agit d’un véritable témoignage de notre amour des arbres et de notre résilience face au changement climatique.

En savoir plus sur nos programmes actuels #OpérationRenouvert ici :