Le déroulement des événements a été pour le moins ironique. Le 21 septembre, je décollais d’Ottawa en compagnie d’un collègue direction Fort McMurray (Alberta) pour assister à une cérémonie visant à célébrer la plantation d’arbres suite aux feux de forêt de 2016. Après un été chaud et humide à Ottawa, les prévisions météo pour la journée annonçaient des températures supérieures à la moyenne saisonnière (+28 oC), avant un rafraîchissement et des averses dans l’après-midi. Nous avons atterri à Fort McMurray en fin d’après-midi et alors que nous venions d’examiner l’une des premières zones dans lesquelles nous avions contribué à des plantations, mon collègue a reçu un message. Il m’a dit : « Mike, je crois qu’il y a eu une tornade chez nous ». Cela semblait incroyable. « Une tornade? », lui ai-je demandé. « Vraiment? » En réalité, il y en avait peut-être même eu plusieurs, apprenait-on alors que les rapports issus de différentes collectivités de la zone d’Ottawa-Gatineau commençaient à être diffusés.

Nous passions littéralement d’un événement lié aux arbres et provoqué par le changement climatique à un autre. Nous avons tous les deux appelé nos familles pour nous assurer que tout le monde allait bien. C’était le cas. J’ai ensuite appelé le bureau. L’une de nos collègues n’avait pas été aussi chanceuse. Sa maison avait été endommagée. Lorsque j’ai pu la joindre directement le dimanche, j’ai appris qu’une partie du toit de sa maison avait été arrachée et que son abri à voiture avait atterri sur le véhicule qu’ils venaient d’acheter. Elle avait aussi perdu un magnifique érable à sucre et un bouleau gris. C’était vraiment triste à entendre : c’était sa première maison. Et sa première voiture neuve. Je lui ai demandé si elle avait besoin d’aide. Fidèle à elle-même, elle m’a répondu : « Non, Mike. Ça va aller, nous sommes hébergés par mes beaux-parents jusqu’à ce que le courant soit rétabli. Tu es à Fort McMurray, ne t’en fais pas pour nous ». Je lui ai alors fait remarquer : « Mais avec tous ces arbres tombés, ta cour doit être en pagaille ». « Oui, c’est un vrai champ de bataille », a-t-elle admis. Je lui ai alors annoncé qu’après avoir atterri à Ottawa à environ 15 h, je rentrerais chez moi pour récupérer ma tronçonneuse et ma remorque et je viendrais les aider. Même si je n’ai pas pu faire énormément en deux heures (ma tronçonneuse était trop petite pour l’énorme érable à sucre), j’ai pu sentir que ma présence était appréciée. Le quartier ressemblait à une zone de guerre : les gens déambulaient sans but avec des arbres ou des morceaux de toit ou d’isolation et il y avait des fils électriques partout au sol….

Difficile de ne pas noter l’ironie de la situation pour moi, président d’Arbres Canada, en train d’aider une collègue dont la vie venait d’être bouleversée par une tornade, alors que je rentrais tout juste d’un voyage à Fort McMurray où j’avais planté des arbres suite à des feux de forêt. Il était également ironique de constater la proximité de ce désastre avec ma propre vie et (malheureusement) celles de nombreuses autres personnes à travers le Canada. Ou encore le fait que les tornades aient frappé Dunrobin (Ontario) et la zone de Mont-Bleu à Hull (Québec) : les tornades ne se soucient pas des frontières provinciales ou politiques. Comble de l’ironie, tous ces événements ont eu lieu juste avant la Semaine nationale de l’arbre et des forêts et la Journée nationale de l’arbre.

Plus tard au cours de cette semaine, j’étais invité pour des entrevues à la télévision afin d’expliquer aux gens comment gérer leurs arbres après une tornade. L’une d’entre elles avait lieu dans la zone d’Arlington Woods, un quartier résidentiel construit dans les années 1960 dans une région sablonneuse couverte de très grands pins blancs et rouges. Des grumiers emportaient les arbres décimés. Des voisins empilaient les broussailles éparpillées par la tempête. L’odeur qui régnait rappelait celle d’une zone de coupe à blanc (et en tant que forestier ayant travaillé dans le nord et sur la côte de la Colombie-Britannique plus tôt dans ma carrière, je connais bien cette odeur).

Ces événements s’inscrivent dans la lignée d’autres catastrophes naturelles auxquelles Arbres Canada a dû faire face : les inondations du Saguenay au Québec (1996), la tempête de verglas dans l’Est du Canada (1998), l’ouragan Juan en Nouvelle-Écosse (2003), les feux de forêt de Kelowna (2004), les tempêtes du parc Stanley (2006) et bien d’autres encore.

Les appels provenant de la zone d’Ottawa-Gatineau n’ont pas tardé à affluer à nos bureaux : allait-on aider au remplacement des arbres? Nous avons alors commencé à étudier la possibilité de mettre en place un nouveau programme Opération Renouvert visant à aider les gens de notre propre territoire qui s’appellera Opération Renouvert – Tornade d’Ottawa-Gatineau. Une fois de plus, nous allons nous tourner vers nos parrains, nos donateurs et nos amis afin de réunir les fonds qui nous permettront d’aider nos voisins, nos familles et nos amis.

Nous espérons voir des arbres replantés sur leurs propriétés en 2019.

Quant à l’événement de Fort McMurray, c’était formidable. Nous avons célébré nos partenariats avec nos parrains, la municipalité régionale de Wood Buffalo, des associations communautaires métis et bien d’autres dans le cadre de la plantation de plus de 43 000 arbres (semis et grands arbres confondus) dans des zones brûlées lors des feux de 2016 qui avaient dévasté 1 300 maisons dans cette ville de 75 000 habitants. Après tant de malheur et d’efforts de reconstruction, l’heure était à la fête.

Malheureusement, nous savons que ce scénario est appelé à se répéter, mais Arbres Canada répondra présent, car les arbres constituent la touche finale essentielle de la « normalité » dont les gens ont tant besoin pour que leur vie retourne à la… « normale ».

Michael Rosen, F.P.I., président