J’ai reçu récemment un courriel d’un bon ami à moi qui vit à Vancouver. Il m’a envoyé une photo prise à travers la baie vitrée de sa maison qui offre en temps normal une magnifique vue sur une cour bien boisée et sur l’océan Pacifique.

Le Pacifique était bien là, mais on devinait difficilement la côte la plus proche en raison de l’épaisse fumée qui brouillait la vue. Disparue la vue sur l’océan, il aurait aussi bien pu vivre dans le centre de Tokyo. Comme j’adore les arbres, que je dirige une organisation qui les défend et que nous sommes responsables de la plantation de plus de 82 millions d’arbres depuis 1992, il m’a envoyé ce court message : « Michael. S’il te plaît. Arrêtez de planter des arbres! ».

Eh bien Les, je tiens à te dire ici que rendre les arbres responsables des récents feux de forêt en Colombie-Britannique reviendrait à blâmer la formation d’icebergs pour le naufrage du Titanic.

Il semblerait que nous soyons les seuls responsables de ce vaste désastre écologique, un exemple de plus prouvant que nous devons travailler ensemble (et dès maintenant!) afin de chercher des solutions positives concernant le changement climatique. Il est bien trop navrant de penser à notre inaction ou de repousser davantage le moment d’agir.

L’exemple le plus marquant et le plus concret de l’impact du changement climatique au Canada a probablement été l’épidémie du célèbre dendroctone du pin ponderosa. S’attaquant aux pins tordus, cet insecte natif est devenu un problème majeur dans le centre de la Colombie-Britannique au début des années 1990. La raison? L’absence de températures froides durant l’hiver, entre autres. Les larves du dendroctone du pin ponderosa ne survivent généralement pas par -40 °C, des températures qui étaient courantes dans ces forêts par le passé. Malheureusement, alors que les températures hivernales moyennes ont continué de grimper, ces journées à -40 °C sont devenues de plus en plus rares… Il était certes plus facile de chauffer votre maison à Prince George ou Vernon, mais cela a surtout contribué à la survie des dendroctones du pin ponderosa, qui ont entraîné la mort d’une grande quantité de forêts. Ainsi, alors que les forestiers ont fait de leur mieux pour utiliser tout ce bois, l’ampleur de l’infestation impliquait (et c’est toujours le cas) la présence d’une énorme quantité de bois mort et sec sur le sol, environ 18 millions d’hectares (soit 32 fois la surface de l’Île-du-Prince-Édouard!). L’infestation s’est ensuite étendue au nord-est de la Colombie-Britannique (comme à Fort Saint John) et en Alberta (comme à Grande Prairie et Slave Lake qui ont subi des feux de forêt en 2011). Le dendroctone est désormais présent dans la forêt boréale : il se nourrit de pin gris et se dirige (pour la première fois de son histoire) vers les Territoires du Nord-Ouest.

En raison de la récurrence des hivers plus doux et des étés plus chauds, des problèmes similaires ont également été observés sur d’autres arbres. Par exemple, le Douglas, un magnifique conifère qui peuple les régions intérieures de la C.-B. est infesté par le dendroctone du Douglas, un autre insecte natif qui attaque cette espèce d’arbre, notamment ceux qui ont subi un stress dû à… je vous laisse deviner… la sécheresse. Cela concerne 50 000 ha supplémentaires de forêt en Colombie-Britannique… Et le problème ne s’arrête pas là.

Ajoutez à cette poudrière des feux causés par la foudre lors d’orages secs et on obtient un scénario catastrophique : Fort McMurray (Alberta) en 2016 (1,4 million d’hectares brûlés, évacuation d’une ville de 80 000 personnes), intérieur de la C.-B. en 2017 (1,2 million d’hectares brûlés) et cette année encore en Colombie-Britannique, des centaines de milliers d’hectares de forêt continuent de brûler.

Alors que les populations s’efforcent de se relever suite à ces feux, nous tentons de leur offrir une part du Canada qui pour beaucoup d’entre eux symbolise un retour à la « normalité » : un arbre. Nous avons sollicité l’aide de nos parrains et donateurs lors de l’Opération Renouvert – Feux de forêt en Colombie-Britannique en 2004 dans la région de Kelowna, puis à nouveau en 2007. Arbres Canada collabore avec le gouvernement de l’Alberta depuis 2010 afin d’aider les propriétaires de maison ainsi que les petits propriétaires fonciers à remplacer les arbres (le plus souvent avec des arbres moins susceptibles de prendre feu tels que les peupliers) grâce à l’Opération Renouvert – Dendroctone du pin ponderosa en Alberta. Nous sommes fiers des milliers d’arbres que nous avons déjà plantés (toujours dans le respect des normes du programme Intelli-feu Canada) dans le cadre de l’Opération Renouvert – Feux de forêt à Fort McMurray et avec le soutien d’individus et d’entreprises, mais aussi des arbres plantés grâce à l’Opération Renouvert – Feux de forêt en Colombie-Britannique (paradoxalement, nous tentons toujours aujourd’hui de récolter des fonds pour aider des centaines de propriétaires fonciers et de résidents affectés par les feux de 2017). Nous observons avec désolation la situation de cette année en sachant d’ores et déjà que nous allons devoir solliciter une fois de plus nos partenaires et agir à nouveau…

Est-ce que cela en vaut la peine? Devrions-nous poursuivre nos efforts visant à restaurer la vie des gens en plantant… encore plus d’arbres? Les, en regardant les photos de ta cour d’avant 2018 avec ses cèdres rouges et ses pruches de l’Ouest, ainsi que ses Douglas, j’essaye de m’imaginer à quoi elle ressemblerait sans eux. Je pense à l’air pollué et plein de smog qui envahirait ton quartier s’ils n’étaient pas là pour le filtrer, aux rivières, aux ruisseaux et à l’océan dont l’accumulation de sédiments ne serait plus limitée par les arbres et à ton incapacité à rentrer après une journée chargée au bureau pour te détendre dans le confort de ton paradis arboré personnel. Alors n’accuse pas les arbres, Les… Ils n’ont pas pris feu tout seuls… Continuez à lutter à nos côtés pour combattre les effets néfastes du changement climatique… et oui, « encore plus d’arbres s’il vous plaît! ».

Michael Rosen, F.P.I., président d’Arbres Canada