Vêtu de mon plus beau costume, me voilà face à ces étudiants en toge assis sur une scène à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). J’observe chacun des 18 diplômés de cette toute première promotion du baccalauréat en foresterie urbaine, aussi impatients que nerveux, passer devant moi pour récupérer leur diplôme… Je ne peux alors m’empêcher de penser : « Si seulement Erik Jorgensen avait pu voir ça. Il aurait été tellement fier. »

Pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, le Dr Erik Jorgensen est l’inventeur du terme « foresterie urbaine » (ce qui à l’époque constituait un oxymore aux yeux de la plupart des gens).  Arrivé du Danemark pour travailler en tant que pathologiste forestier auprès du gouvernement fédéral, il a rejoint en 1959 l’Université de Toronto où il a commencé à étudier et à combattre la graphiose de l’orme, une maladie qui ravageait alors les paysages de l’est de l’Amérique du Nord. Il était supposé piloter un programme en foresterie urbaine national à Ottawa, mais les priorités de l’université et du gouvernement ont changé et il a finalement terminé sa carrière à l’Université de Guelph.

Ses filles m’ont révélé plus tard qu’Erik s’était souvent senti frustré et déconsidéré. En tant que visionnaire, il était parfois méprisé et ignoré par l’establishment de la foresterie qui (selon lui) dévalorisait son travail ou estimait qu’il ne méritait pas l’attention (ni le financement) dont bénéficiaient d’autres branches de la foresterie davantage axées sur le bois. Au cours des années 1960 et 1970, il a à maintes reprises évoqué la nécessité de mettre en place des formations de premier et deuxième cycles en foresterie urbaine. Il n’aurait jamais imaginé qu’un baccalauréat en foresterie urbaine tel que celui-ci puisse voir le jour : cela aurait été son rêve.

De gauche à droite : Cecil Konijnendijk (Ph. D.), directeur du programme de baccalauréat en foresterie urbaine; Mike Rosen, président d’Arbres Canada; John Innes (Ph. D.), doyen de la faculté de foresterie.

De gauche à droite : Cecil Konijnendijk (Ph. D.), directeur du programme de baccalauréat en foresterie urbaine; Mike Rosen, président d’Arbres Canada; Gary Bull (Ph. D.), chef du département de la gestion des ressources forestières et ancien membre du conseil d’administration d’Arbres Canada.

 

Alors que le monde de la foresterie urbaine a poursuivi son essor dans les années 1990, la demande de forestiers urbains a augmenté de façon spectaculaire. Ces postes étaient alors occupés quasiment exclusivement par des hommes qui travaillaient en grande majorité pour les municipalités et disposaient d’une formation minime en la matière. Pour ma part, je travaillais l’été à la Commission de la capitale nationale à Ottawa afin de protéger les ormes de la graphiose en procédant à des injections et je n’ai suivi qu’un cours d’un semestre en « foresterie urbaine » à l’Université de Toronto au cours de ma quatrième année en foresterie. En réalité, la plupart des professionnels exerçant en tant que « forestiers urbains » auprès des municipalités bénéficiaient d’une formation de premier cycle en foresterie « classique » (c’est-à-dire, entre autres, récolte forestière, science du bois, tracé des routes, qui constituent des compétences indispensables dans le monde de la foresterie industrielle) ou en biologie, mais très peu en foresterie urbaine, qui mettait alors surtout l’accent sur l’entretien des arbres individuels (l’arboriculture), la planification urbaine et la gestion des loisirs. Jusqu’à aujourd’hui…

Le 31 mai 2018, par une belle journée à Vancouver, j’ai eu le plaisir de m’exprimer devant les 18 premiers diplômés (dont plus de 60 % de femmes!) du baccalauréat en foresterie urbaine de l’Université de la Colombie-Britannique, un programme totalement inédit au Canada. Originaires de Vancouver et Burnaby (Colombie-Britannique), de Gimli (Manitoba) ou encore de Toronto et London (Ontario), ces jeunes gens incarnent l’élite de ce pays. Certains sont même venus des États-Unis, de la Chine, de la France et du Kenya. Ce fut une formidable journée et je suis fier d’avoir assisté à la réalisation du rêve d’Erik Jorgensen. Vous pouvez lire mon discours ci-dessous.

Discours à l’intention des diplômés, Michael Rosen

Réception de la remise des diplômes du baccalauréat en foresterie urbaine, Faculté de foresterie, Université de la Colombie-Britannique, 31 mai 2018

Bonjour à tous, je me présente à nouveau pour ceux qui n’étaient pas présents tout à l’heure : je m’appelle Mike Rosen et je suis le président d’Arbres Canada.

Je tiens à féliciter chacun d’entre vous pour l’obtention de votre diplôme dans le cadre de ce programme en foresterie urbaine totalement inédit au Canada, proposé ici à l’Université de la Colombie-Britannique.

Sans vouloir exagérer son importance, je considère cette remise des diplômes comme un événement tout à fait historique. Tout a commencé en 1959 lorsque le Dr Erik Jorgensen, un pathologiste forestier originaire du Danemark, a fondé le Shade Tree Laboratory à l’Université de Toronto et inventé l’expression « foresterie urbaine ». Vous ne réalisez pas ce que cette cérémonie de remise des diplômes aurait représenté pour lui.

La suite de l’histoire est un peu plus personnelle : lorsque j’étais étudiant en foresterie, j’ai suivi lors de ma quatrième année le seul cours de foresterie urbaine proposé par l’Université de Toronto. Je passais mes étés à travailler pour la Commission de la capitale nationale où j’étais chargé des injections visant à protéger de la graphiose les ormes qui avaient été plantés par le Dr.

Bien que ma carrière dans le monde de la foresterie ait pris un tour différent, j’ai fini par devenir un forestier aménagiste dans une région très peuplée du sud de l’Ontario qui a connu un développement très rapide dans les années 1980. Je suis revenu à la communauté de la foresterie urbaine lorsque j’ai rejoint Arbres Canada en 2002, où j’ai eu la chance d’évoluer au niveau national.

À l’instar du slogan d’Arbres Canada, « Un environnement plus sain prend racine », je suis convaincu que vous aurez chacun l’occasion de contribuer à maintes reprises à cet engagement dans le cadre de vos parcours professionnels. Chaque année, des milliers de nouvelles recherches sont publiées et nos connaissances évoluent. Malgré tout, une conclusion résiste à l’épreuve du temps et revient invariablement : les arbres nous sont bénéfiques à quasiment tous les niveaux. Ils sont positifs pour notre environnement, notre santé, notre bien-être mental et notre société.

Il y a tout juste huit ans, j’écrivais à John Innes, alors nouveau doyen de l’UBC, l’exhortant à oser mettre en place le premier programme de foresterie urbaine au Canada. Aujourd’hui, votre diplôme du premier baccalauréat en foresterie urbaine est une réalité. M. le doyen Innes et professeur Sheppard, je salue votre vision et votre courage qui ont permis de créer ce programme.

Je tiens également à vous remercier, vous jeunes diplômés, d’avoir eu le courage de vous inscrire à l’aveugle à ce tout nouveau programme, sans pouvoir vous appuyer sur l’expérience de promotions antérieures. Merci enfin de m’avoir invité aujourd’hui pour vous féliciter en ce jour si particulier. Un brillant avenir vous attend!