Lors de la tempête de verglas de l’Est du Canada en 1998, je me souviens avoir été effaré à la vue d’un camion arrêté près d’un massif de bouleaux à papier sur la pelouse d’une résidente. Je me rappelle de ce « professionnel » grimpant sur la plateforme de son camion pour mettre sa tronçonneuse en marche (sans équipement de sécurité). Alors que les cimes des arbres s’affaissaient sous le poids de la glace, il a commencé à couper à mi-hauteur les troncs, qui ont violemment cédé sous une tension de plusieurs centaines de kilos. Les termes « élagage de réduction » ou simplement « attente » ne faisaient pas partie de son vocabulaire.

« Joe Chainsaw » venait certainement d’annoncer à cette résidente que ses arbres étaient « dangereux » ou « ruinés » et qu’ils ne pourraient « jamais se remettre », qu’il fallait les abattre dès que possible avant que « quelqu’un ne soit blessé » ou que « les services publics locaux ne lui fassent payer leur enlèvement », etc. À l’époque, je tentais désespérément de diriger une initiative visant à dispenser des conseils objectifs aux résidents sur l’entretien de leurs arbres endommagés par le verglas. Cet entrepreneur se présentait certainement comme « un arboriculteur ». Si seulement l’arboriculture était un « métier à accréditation obligatoire » me suis-je dit… De nombreux arbres n’auraient peut-être pas subi ce cruel destin et d’innocents propriétaires n’auraient pas été abusés.

Plusieurs années plus tard, en 2015, Arbres Canada mettait à jour son plan stratégique. L’organisme souhaitait se concentrer sur les forêts urbaines. Tout au long du processus, nous entendions régulièrement parler de la nécessité de définir des normes en matière d’arboriculture et d’encourager une mention Sceau rouge. Le plan stratégique comprenait un élément d’action spécifique qui indiquait : Se positionner en tant que chef de file de la promotion d’une stratégie nationale de foresterie urbaine Travailler à l’élaboration de normes nationales en matière d’arboriculture…

La « foresterie urbaine » est définie de manière générale comme la gestion des arbres et des plantes dans les zones urbaines.

L’« arboriculture » désigne la pratique et l’étude de l’entretien des arbres et d’autres plantes ligneuses dans le paysage.

La principale différence est que l’arboriculture se concentre sur l’arbre en lui-même tandis que la foresterie urbaine désigne l’entretien de la forêt ou de plus grands peuplements d’arbres dans des zones urbaines.

En avril 2019, Arbres Canada a lancé un appel à bénévoles via le Réseau canadien de la forêt urbaine (CANUFNET) afin de former un comité Sceau rouge. Le nombre de réponses reçues de tout le Canada témoigne de la nécessité et de l’urgence du travail que le comité avait à entreprendre.

Nous avons alors créé le Comité national dédié à la reconnaissance des apprentis-arboriculteurs / National Arboriculture Apprenticeship Recognition Committee (NAARC/CNDRAA) composé des membres suivants :

  • Matt Heder (N.-B.) – Arboriculteur de services publics
  • Olivier Lamontagne (Qc) – Arboriculteur commercial/consultant
  • Alice Power (Ont.) – Spécialiste des programmes, Ordre des métiers
  • Courtney McCann (Ont.) – Éducatrice
  • Mike Watson (Ont.) – Arboriculteur commercial
  • Peter Wynnyczuk (Ont.) – Directeur exécutif/Arboriculteur
  • Codie Anderson (Alb.) – Arboriculteur commercial
  • Gerard Fournier (Alb.) – Chargé de cours/Arboriculteur
  • Betty Cunin (C.-B.) – Coordonnatrice d’apprentissage
  • Gus Amundson (C.-B.) – Arboriculteur municipal
  • Nadia Chan (C.-B.) – Gestionnaire/Arboricultrice municipale
  • Mike Rosen (Arbres Canada) – Forestier, président d’Arbres Canada et président du CNDRAA
  • Marie-Paule Godin (Arbres Canada) – Forestière, gestionnaire des opérations
  • Michael Petryk (Arbres Canada) – Arboriculteur, gestionnaire de programme
  • Cristiane Doherty (Arbres Canada) – Gestionnaire des communications et marketing

Que signifie « Sceau rouge »?

Le programme du Sceau rouge établit des normes communes pour évaluer les compétences des gens de métier au Canada. Il a été créé en 1959 en tant que partenariat entre le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires, qui ont la responsabilité de la formation en apprentissage et de la reconnaissance professionnelle.

Les gens de métier qui ont terminé un apprentissage, puis réussi l’examen du Sceau rouge obtiennent une mention Sceau rouge sur leur certificat ou licence d’aptitude professionnelle provincial ou territorial généralement appelé « Certificat de qualification ». Le Sceau rouge, lorsqu’il est apposé sur un certificat de qualification, indique que vous êtes qualifié dans votre métier, c’est-à-dire que vous avez les compétences, les connaissances et l’expérience requises par les normes de pratique dans chacune des provinces et chacun des territoires canadiens.

Le Sceau rouge serait-il bénéfique au métier d’arboriculteur?

Pour les 56 métiers qui ont reçu la mention Sceau rouge, les avantages sont évidents : meilleure stature, sécurité, portabilité des compétences et mobilité des travailleurs pour l’ensemble du métier.

La mention Sceau rouge est un gage d’excellence et une référence en matière de formation pour les employeurs et les apprentis. Elle permet d’harmoniser la formation technique entre les provinces et les territoires et de leur fournir les ressources nécessaires pour les aider à développer leurs propres programmes (par exemple, un cadre de référence national pour le métier, des normes professionnelles, des objectifs d’apprentissage et des examens de certification). Tout cela est particulièrement bénéfique pour les provinces susceptibles de manquer de capacités ou de ressources pour développer leurs propres programmes.

Présentement, l’offre en matière de formation et de reconnaissance professionnelle au niveau provincial pour les arboriculteurs n’est pas coordonnée : chaque province/territoire agit indépendamment. La plupart des provinces/territoires régulent les travailleurs qui exercent le métier d’« arboriculteurs » ou d’« arboristes » d’une certaine manière, mais relativement peu d’entre eux ont désigné la profession d’« arboriculteur » en tant que métier dans leurs juridictions.

L’Accord de libre-échange canadien (anciennement appelé Accord sur le commerce intérieur, c’est-à-dire l’accord qui régule le commerce sur le territoire canadien) exige des gouvernements provinciaux et territoriaux qu’ils reconnaissent les individus titulaires de certains certificats professionnels délivrés par une province ou un territoire du Canada. Cependant, la reconnaissance entre les provinces/territoires peut être complexe étant donné que chaque juridiction gère ses propres programmes/licences qui sont susceptibles de ne pas trouver d’équivalent en matière de champ de pratique des métiers et de désignation de ceux-ci par la législation. Certaines licences obligatoires au niveau de la province ne peuvent tout simplement pas être reconnues par d’autres provinces, car il n’existe aucun équivalent.

L’avantage des certificats de qualification portant un Sceau rouge est qu’ils sont automatiquement reconnus par toutes les autres provinces et territoires canadiens sans nécessiter d’évaluation des compétences individuelles afin de déterminer si un équivalent existe entre les deux provinces/territoires.

En quoi consiste le processus de désignation Sceau rouge?

Le processus et les critères permettant de désigner un nouveau métier Sceau rouge exigent que le métier soit désigné pour l’apprentissage et la reconnaissance professionnelle par les gouvernements d’au moins cinq provinces/territoires.

À l’heure actuelle, trois provinces ont désigné un métier et un programme d’arboriculture pour le Sceau Rouge : la Colombie-Britannique, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick. Ces trois provinces ont désigné le métier « Élagueur Réseau » comme étant un métier provincial, ce qui signifie que seulement deux autres juridictions sont nécessaires pour satisfaire à ce critère de désignation Sceau rouge et entamer le processus de demande pour ce métier.

Le métier d’arboriculteur/arboriste reconnu au niveau de la province de l’Ontario équivaut à la désignation « Arboriculteur de terrain » de la Colombie-Britannique. La Colombie-Britannique propose également deux autres programmes modulaires : « Arboriculteur technicien » et « Arboriculteur grimpeur », tous deux indispensables pour être admissible à la certification d’« Arboriculteur de terrain ».

Dans le cadre des critères de désignation d’un nouveau métier Sceau rouge, la « demande nationale » doit également être prouvée. L’industrie (les employeurs et les employés du métier) doit être prête à soutenir, mettre à jour et promouvoir la mention Sceau rouge, si le métier est désigné.

Prochaines étapes

À travers le CNDRAA, Arbres Canada encourage des discussions et des recherches constructives pour sensibiliser l’industrie et obtenir le soutien requis pour cette accréditation. Le CNDRAA a défini des objectifs qu’il juge essentiels :

  1. Évaluer les ressources en place dans chaque province en matière de programmes d’apprentissage pour les arboriculteurs afin d’établir des liens entre les différents programmes de formation et de reconnaissance existants. Sont-ils suffisamment similaires? Qui gère ces programmes? Les normes sont-elles à jour?
  1. Parvenir à une meilleure reconnaissance généralisée des formations et des compétences en arboriculture (pour aboutir à une mention Sceau rouge dans un délai de 5 à 10 ans).
  1. Promouvoir la sensibilisation au métier d’arboriculteur, y compris la nécessité de disposer des personnes qualifiées chargées de la formation d’apprentis dans tous les territoires et provinces canadiens.
  1. Définir la portée de l’initiative en termes d’inclusion des arboriculteurs consultants, des ouvriers arboricoles opérationnels, des arboriculteurs de services publics, etc.

La communication sera l’objectif principal du comité en 2020. Nous poursuivrons nos efforts afin de diffuser des mises à jour via la liste CANUFNET et le site Internet d’Arbres Canada, mais aussi en publiant des articles dans chaque section canadienne de l’ISA. Le comité entend publier un rapport visant à synthétiser l’état du métier ainsi que des recommandations clés. Il existe une page Facebook sur le Sceau rouge : elle comporte 350 abonnés et elle est modérée par Gerard Fournier (Alberta).

Enfin, le CNDRAA tient à souligner que la reconnaissance de l’arboriculture est une question de sécurité pour tous ceux qui travaillent avec les arbres, mais aussi une question de santé de la forêt urbaine en général, une forêt où vivent 82 % des Canadiens!

Mike Rosen,
Président, Comité national dédié à la reconnaissance des apprentis-arboriculteurs
Président d’Arbres Canada