L’hiver est à nouveau là. Depuis plusieurs mois déjà, la neige a recouvert certaines régions à travers le pays de son manteau blanc. Même les climats plus chauds au sud n’y ont pas échappé. Je me suis hâté d’accrocher mes lumières de Noël avec (plus ou moins de) soin et j’ai ressorti la couronne en y ajoutant des pommes de pin peintes, une idée trouvée sur Pinterest. Je me suis ensuite penché sur les cartes de vœux (j’aurais dû m’en occuper avant que cette offre Groupon expire). Enfin, j’ai réorganisé le salon pour faire de la place à la pièce maîtresse (et grande source d’anxiété) des Fêtes : l’arbre de Noël. J’ai beau insister pour ne pas en faire toute une affaire, le choix de l’arbre idéal est devenu une décision essentielle. Durant quatre années consécutives, j’avais remis cette décision à plus tard, mais cette année j’étais décidé à m’en occuper au plus tôt!

L’année dernière, j’avais oublié d’arroser l’arbre et je me souviens encore du bruit des aiguilles tombant par terre alors que mon oncle Dave l’avait heurté sur le côté en pourchassant le chien après avoir bu une pinte de trop de stout de Noël au chocolat. Je m’étais alors juré d’acheter un arbre artificiel : terminé les formes étranges, les aiguilles qui tombent et le stress de couper un arbre. Pourtant, une voix, comme venue du conte Un chant de Noël de Dickens, s’est lentement insinuée en moi… ou peut-être était-ce encore l’une de ces émissions spéciales à la télévision sur les dépotoirs qui débordent, le changement climatique et le pic pétrolier? J’ai tenté de la faire taire, mais quelle que soit son origine, elle continuait à me parler et à me rappeler que le véritable sens de Noël résidait dans les arbres! Les vrais arbres! Avec de la sève et tout le reste! 

Ahhh, la sève des arbres… Ce liquide qui a le pouvoir de donner la vie pour capturer le carbone dans l’air et le stocker dans le bois de l’arbre pour toute la durée de sa vie et même au-delà. Elle permet aux nutriments de remonter du sol et d’éliminer les polluants filtrés à travers les feuilles pour les stocker dans les cellules des arbres ou les transformer et les rendre utiles aux microorganismes. Grâce à la sève, les arbres sont l’incarnation même de l’esprit de Noël. Qu’est-ce que ce bout de ferraille et de plastique faisaient avant d’être transformés dans cet arbre parfait? Pas grand-chose! 

Après cette histoire fantasmagorique d’arbres artificiels, me voilà donc convaincu qu’un arbre naturel est l’unique option! Il est temps de rassembler toute la famille pour aller à la pépinière locale. Oncle Dave (le même que l’année dernière) connaît quelqu’un, qui a rencontré quelqu’un, dont la belle-sœur vend des arbres dans une pépinière locale. Elle y travaille chaque année à Noël et utilise cet argent pour se payer des cours sur la machinerie lourde (ou est-ce que c’était du paysagisme? En tout cas, il y avait une affaire de grosses machines!). Quoi qu’il en soit, je connais les gens et la communauté qui bénéficient de l’achat de mon arbre, du propriétaire de la pépinière jusqu’au gardien. J’ai même été surpris d’apprendre que je connaissais la propriété où les arbres poussaient, même si je n’avais pas réalisé qu’il s’agissait d’une pépinière jusqu’à ce que Dave le mentionne. Entourés d’une forêt gérée proposant des sentiers aux skieurs et aux randonneurs, les propriétaires utilisent leurs fonds pour contribuer à l’entretien de leur lot boisé et le maintenir en activité toute l’année, ce qui permet aux zones environnantes de profiter de tous les bienfaits écologiques apportés par les arbres. 

Je parviens à faire rentrer deux des trois enfants dans la voiture (le plus âgé peut se débrouiller tout seul). Il est possible de trouver un endroit en ville où la pépinière apporte des arbres, mais je préfère profiter pleinement de l’expérience. (C’est une alternative si vous êtes pressé par le temps et l’argent, mais ces arbres doivent faire des kilomètres pour arriver là, et bien que tous fassent au mieux, ils restent susceptibles de déplacer des insectes dangereux pour la forêt d’un océan à l’autre.) La visite de la pépinière est aussi une bonne activité pour occuper un enfant de trois ans un samedi matin. (C’était ça ou La Pat’ Patrouille… Encore un épisode et c’est moi qui aurait besoin de secours!) Nous nous mettons finalement en route après avoir surmonté quelques caprices sur la définition du chocolat chaud (apparemment, il est meilleur froid), et un café plus très frais (ok, là c’était ma faute). 

En arrivant sur le parc de stationnement, je me demande si ce bruit de cliquetis est un problème de roulements de roue ou la conséquence d’écureuils intrépides qui ont encore dissimulé des noix dans la carrosserie. Après avoir pris le temps de courir après les chats de la ferme et de goûter le sirop d’érable de la récolte de l’année dernière, nous nous mettons en quête d’un arbre. Même si mon fils voulait un arbre comme dans ce « très, très, très vieux dessin animé avec le petit garçon chauve », j’ai réussi à le convaincre qu’il y aurait plus de place pour suspendre des sucres d’orge sur les branches plus denses d’un Douglas ou d’un sapin baumier correctement taillé. Je voulais un arbre d’environ 1 m 80 avec une solide branche centrale poussant en direction du ciel. Même le plus honnête des cultivateurs aime laisser l’arbre pousser dans la dernière année de récolte, pour ajouter 30 à 60 cm de croissance à la cime, que je scie pour laisser place à notre vieille étoile en macaronis. Finalement, nous nous sommes décidés pour un sapin raisonnablement dense (l’arrière un peu plus dégarni pourra aller dans le coin), qui n’avait pas une branche centrale très large. 

Après avoir récupéré ma fille sous une épinette morte (elle dit qu’elle est désormais un chat violet et qu’elle vit ici), nous avons payé et emballé notre arbre, avant d’emprunter le sentier plus boueux que poussiéreux. Épuisés, mais ravis de notre succès, nous avons traîné notre arbre hors de la voiture, puis jusqu’à la maison à travers les carrelages et le plancher. Les aiguilles larges et souples du sapin sont plus délicates que celles de l’épinette. Celle qui est tombée et m’a piqué à travers mes chaussettes en laine usées m’a plus chatouillé que blessé. Après avoir servi un chocolat chaud, froid ou alcoolisé selon les commandes, nous avons fini de tailler l’arbre, en enlevant toutes les branches inférieures pour qu’il tienne sur le pied, et en taillant les extrémités trop longues. Nous avons pris un peu de recul pour admirer notre arbre, tout en formant distraitement des petites billes de cette incroyable sève avec nos doigts. 

Merci, petit arbre, pour ce que tu nous apportes et ce que tu nous as donné. Merci d’amener la nature et le grand air dans nos maisons et de nous apporter tous ces bienfaits comme seuls les vrais arbres peuvent le faire. Mais surtout, merci de nous rappeler la véritable signification de Noël.