L’une de mes premières expériences « loin de chez moi et sans mes parents » fut un séjour au ski à Collingwood. Sur les conseils d’un ami de mes parents, on m’avait mis avec deux amis dans un bus Greyhound avec tout notre équipement de ski pour rejoindre ce qui était alors encore une petite ville du centre de l’Ontario : Collingwood. Collingwood était l’endroit le plus prisé des skieurs de la région de Toronto avec des centres bien établis comme « Blue Mountain » et « Georgian Peaks » (avec des points culminants à 220 m, les mots « montagne » et « sommet » faisaient surtout référence au manque de relief de Toronto). Au bout de deux heures, le bus arriva à destination, de nuit, devant un magasin sur la rue Hurontario, la rue principale de Collingwood, qui, comme son nom l’indique, relie Collingwood dans la baie Georgienne (lac « Huron ») à Mississauga (lac « Ontario »). Le magasin s’appelait « Malley’s Cigar Store » et vendait des « produits de confiserie ». Il comprenait également un restaurant et l’arrêt de bus pour Collingwood.

Une campagnarde du nom de Mary Malley nous a chaleureusement accueillis à notre descente du bus. Après un repas au restaurant, elle nous a conduit trois blocs plus loin dans sa voiture familiale jusqu’à la maison où elle vivait avec sa famille, toujours sur la rue Hurontario. Nous sommes rentrés à Toronto en fin de soirée le dimanche avec des souvenirs plein la tête de pistes de ski, de cuisine de Mrs. Malley et d’un samedi soir à regarder Dave Dudley et Tom T. Hall interpréter « Day Drinkin’ » dans le Tommy Hunter Show sur la télévision du grenier. Pour trois gamins comme nous du centre de Toronto, c’était une fin de semaine mémorable.

Aujourd’hui, Collingwood a certainement conservé ces racines, mais ce n’est plus le même endroit. Cette petite ville entourée de fermes et de terrains boisés est en pleine évolution. À chaque recensement, elle semble gagner 10 % de population. D’ici 2031, les prévisions annoncent 33 000 habitants, dont la plupart sont originaires du Grand Toronto et fuient les prix délirants de l’immobilier et l’urbanisation de la plus grande ville canadienne.

Suite à la disparition de l’industrie navale en 1986, la plupart des vestiges de la vieille économie se sont évanouis et le visage de la ville a changé. Une thèse de l’Université de Waterloo intitulée « Small Towns in Transitions, an Exploratory Study in Collingwood, Ontario » décrit l’économie actuelle en ces termes : « une croissance dans le tourisme, l’immobilier et les industries créatives et un lieu prisé par les retraités ». Cette croissance génère de nouvelles pressions sur les arbres et boisés encore existants. Les restaurants de sushis et les spas avec classes de yoga ont remplacé les magasins de cigares des Malley d’autrefois. La ville a changé et les citoyens en demandent plus à leurs forêts urbaines, d’où la nécessité d’un plan de gestion de la forêt urbaine.

J’étais loin de me douter que 49 ans plus tard, je me retrouverais à Collingwood, une ville aujourd’hui habitée par plus de 21 000 personnes, pour tenter d’expliquer (entre autres choses) les vertus et les principaux concepts d’un plan de gestion de la forêt urbaine. Grâce à l’appui de la Fédération canadienne des municipalités, la ville de Collingwood a reçu une subvention conséquente afin d’élaborer et de mettre en œuvre ce plan. La municipalité a lancé un appel à propositions et les consultants sélectionnés, Williams & Associates Forestry Consulting, ont invité Arbres Canada à s’associer à leur projet. Le rôle d’Arbres Canada était d’organiser les séances publiques d’information liées au plan de gestion de la forêt urbaine de la ville de Collingwood, ce qui impliquait des présentations dans le cadre de deux sessions de communication, l’exposé des avantages de la forêt urbaine pour la ville de Collingwood et l’organisation de débats lors des sessions sur des sujets tels que la vision de la municipalité concernant les forêts urbaines. Cela a sans aucun fait l’effet d’une révélation.

Arbres Canada faisait partie de l’équipe de communication, tandis que les aspects techniques du plan étaient gérés par d’autres experts, dont John McNeil, Peter Kuntz et Peter Williams, tous forestiers professionnels agréés avec plusieurs années d’expérience en foresterie urbaine. Un rapport préliminaire a été rédigé sur l’inventaire des arbres municipaux de Collingwood, une estimation du couvert forestier a été calculée et une synthèse des informations existantes issues du plan officiel, du plan stratégique de la collectivité et du manuel de conception urbaine a été présentée. Il est intéressant de noter qu’un règlement sur les arbres et une étude sur le couvert forestier avaient été réalisés en 2012, même s’il s’agissait de paramètres différents de ceux présentement utilisés. Un plan de gestion relatif à la vision, aux lignes directrices et aux objectifs avait également été élaboré par l’équipe de planification et la ville et a été présenté et détaillé le 24 avril dans une salle communautaire du Central Park Arena de Collingwood.

L’une des sessions de communication comportait trois événements d’information distincts, l’un destiné au personnel, le second aux acteurs externes (tels que les services électriques, le comté de Simcoe, les autorités de conservation, les groupes d’intérêt comme les arboristes locaux, les groupes communautaires et la communauté de développement), et le troisième pour le grand public. Tous ces événements ont eu lieu le même jour. La popularité a été croissante à chacune des rencontres et la séance d’information publique a attiré plus de 60 personnes. Parmi les citoyens présents, on comptait des résidents de longue date mais aussi des habitants établis plus récemment.

J’ai tiré deux conclusions clés de cette session :
• le chemin parcouru par la foresterie urbaine pour qu’une ville de 21 000 habitants manifeste un intérêt aussi vif concernant la gestion de ses forêts urbaines; et
• la bienveillance de la population à vouloir une meilleure gestion et préservation des arbres sur les terrains publics ET privés.

Lors des séances publiques d’information, les gens sortaient de multiples cartes, documents et articles, ils partageaient leurs idées sur le plan et exprimaient leurs inquiétudes concernant la forêt urbaine. Le plus grand défi pour la municipalité sera de parvenir à un équilibre : un équilibre budgétaire dans la gestion des arbres municipaux pour répondre aux exigences des citoyens et un équilibre par rapport aux réglementations. De nombreux citoyens étaient inquiets face à la rapidité du développement dans la région et aux nuisances associées pour les forêts locales ainsi que les changements pour la collectivité. Certains habitants ont fait entendre leur voix pour exiger davantage de contrôles face au développement.

À l’automne, de nouvelles séances publiques d’information seront organisées et le processus de planification et de recommandation sera finalisé. Après cela, qui sait, peut-être verra-t-on enfin un érable planté au coin de la deuxième rue et de la rue Hurontario, là où le Malley’s Cigar Store se tenait autrefois!

Michael Rosen, F.P.I.