La faune qui entoure les citadins est foisonnante, mais elle semble susciter peu d’engouement. Malheureusement, certains ne respectent pas les animaux qui peuplent nos quartiers : la plupart d’entre eux sont souvent considérés comme des nuisibles, ce qui peut donner lieu à des mauvais traitements mettant en péril leurs habitats et leur bien-être, voire à des situations potentiellement fatales. Le développement urbain contribue également à la disparition des habitats naturels et à la détérioration de la faune, même si des toits verts et des corridors biologiques sont mis en place afin de faire face à ces problèmes.

En raison de la densification de la population humaine, les hébergements et les espaces urbains se sont multipliés. Le développement urbain entraîne le déplacement et la destruction des habitats naturels et de la faune qui les occupe. Ainsi, de nombreuses espèces recensées sur le site de la Conservation de la faune au Canada sont en péril ou proches de le devenir suite au développement des villes et de l’agriculture. Par exemple, la tortue molle à épines, une espèce qui vit habituellement en bord de rivière, est menacée car des promoteurs ont développé des projets de propriétés sur le front de mer qui ont détruit leur habitat (wildlifepreservation.ca/fr). Les barrages construits par l’homme n’aident pas non plus les tortues molles à épines : elles aiment s’accoupler et nager dans des eaux agitées peu profondes, alors que les barrages en augmentent la profondeur et en limitent la circulation. Suite à la fermeture du barrage de Springbank à London (Ontario), la rivière Thames, qui constitue l’un des principaux habitats de cette espèce, a montré des signes de meilleure santé. Les biologistes se veulent optimistes et estiment que leur population va s’accroître au cours des prochaines années, à condition que le barrage reste fermé (The London Free Press). La perte totale d’habitat n’est pas la seule menace à laquelle les animaux urbains doivent faire face : la disparition d’un habitat continu les affecte également. Si leur milieu naturel est fragmenté, les animaux ne sont plus capables d’être en contact pour s’accoupler ou se protéger (greenway.org).

Les corridors biologiques contribuent à lutter contre la fragmentation des habitats fauniques. Dispersant les populations d’animaux à travers les villes, ils favorisent la diversification du patrimoine génétique (greenway.org) et permettent par ailleurs aux espèces de se reproduire en leur offrant une manière sécuritaire de traverser des routes dangereuses. Le programme de corridors fauniques du parc national Banff invite le public à randonner via ses corridors biologiques, tout en s’informant sur leurs impacts et leurs avantages (wildlandsstudies.com). Ces corridors fauniques ne sont toutefois pas tous destinés à être empruntés par des humains. Par exemple, 1,5 million de photos ont été prises le long des corridors biologiques de Canmore (Alberta). Elles montrent plus de 100 000 personnes utilisant ces espaces, principalement pour promener leur chien. Bien qu’il soit positif que les visiteurs profitent de la nature, les écologistes affirment qu’il est inquiétant de voir des chiens emprunter ces voies, notamment lorsqu’ils ne sont pas tenus en laisse. En effet, les chiens qui circulent librement peuvent déranger la faune locale, détruire leurs habitats et dissuader d’autres espèces de venir s’y installer (CBC News).

La faune urbaine est constamment en péril, car elle ne se conforme pas aux attentes de l’homme. Les animaux qui errent dans nos zones urbaines risquent d’être renversés par des voitures, exterminés ou tués par les autorités fauniques. La plupart du temps, les espèces présentes dans les espaces urbains sont pourtant inoffensives, mais elles peuvent être tuées car les humains en ont peur. En 2006, une femelle orignal qui errait avec ses petits dans le centre de Saint-Albert (Alberta) a été abattue, accusée d’avoir chargé les autorités fauniques. Cependant, des témoins affirment que l’animal n’avait manifesté aucun signe d’agressivité et reprochent aux autorités d’avoir eu la gâchette un peu facile. Ses deux petits se sont vus administrer des tranquillisants avant d’être transportés en dehors de la ville (CTV News).

La Ville de Kelowna (Colombie-Britannique) a mis en place un programme de gestion des bernaches dans la vallée de l’Okanagan visant à protéger cette espèce et à sensibiliser le public à sa présence en ville. Habitantes à part entière de la ville, de nombreuses bernaches du Canada ont des nids dans des parcs ou sur des plages. Leur population a connu un fort déclin à Kelowna et le programme de gestion des bernaches dans la vallée de l’Okanagan a ainsi pour objectif de protéger leurs œufs du public et des autres animaux, mais aussi de sensibiliser la communauté aux manières de cohabiter avec cette espèce. Ce programme prévoit une initiative de baguage encourageant le public à signaler les bernaches baguées présentes dans leur quartier en vue de suivre leur population à Kelowna (okanagangooseplan.com).

De la même manière, les animaux domestiques représentent une menace pour la faune urbaine. Selon une étude publiée par Nature Communications, aux États-Unis, les chats domestiques tuent entre 1,3 et 4 milliards d’oiseaux chaque année (Loss, Will, Marra, 2012). Lorsqu’ils sont autorisés à déambuler librement, les chats domestiques tuent un grand nombre d’oiseaux, réduisant leur population de manière significative.

Au-delà de les juger dangereux, certaines personnes considèrent les animaux urbains comme des nuisibles. Une rapide recherche sur Google avec les termes » animaux urbains » suffit pour obtenir des résultats tels que » pandas de poubelles » et » rats avec des ailes » pour désigner les ratons laveurs et les pigeons. Un documentaire animalier intitulé » Raccoon Nation » démontre que les ratons laveurs sont des êtres individuels et intelligents. Filmé à l’aide de caméras à détection de mouvement, ce documentaire est parvenu à surprendre des ratons laveurs en train d’ouvrir des poubelles pourtant équipées de systèmes destinés à empêcher les animaux d’y accéder, de pénétrer dans des greniers et d’ouvrir des portes. Non seulement » Raccoon Nation » dévoile ce que les humains ratent pendant leur sommeil, mais il prouve également que ces animaux sont intelligents. Dans le film, des chercheurs emmènent des ratons laveurs urbains dans un espace vert en dehors de la Ville de Toronto. Chaque animal a une réaction différente face à ce nouvel environnement, démontrant qu’ils sont capables de penser par eux-mêmes, mais aussi qu’ils disposent chacun d’une personnalité propre, ce qu’on n’imaginait pas auparavant (Nature Conservancy).

Les villes et les établissements d’enseignement ont par ailleurs fourni des habitats continus aux oiseaux dans des environnements urbains en installant des toits végétalisés. La Ville de Toronto dispose d’un règlement en la matière imposant à tous les bâtiments nouvellement développés ou rénovés d’installer un toit vert s’ils présentent une surface hors œuvre brute supérieure à 2 000 m² (Ville de Toronto). Initiative inédite au Canada, ce règlement a contribué à la création de plus de 500 toits verts dans la ville. De nombreux collèges et universités ont également inclus des toits végétaux dans leurs plans d’aménagement, à l’image du Collège Algonquin et de l’Université de l’Île de Vancouver : ces deux institutions ont construit des toits verts afin de compenser leur impact sur le climat. Ces toitures végétalisées offrent un habitat aux oiseaux et les étudiants peuvent également en profiter.

Les espaces verts en ville jouent un rôle primordial en matière de protection et de conservation de la faune urbaine. Malheureusement, ces zones et la faune qui les peuple sont affectées de manière négative par le développement urbain qui met aujourd’hui certaines espèces en péril en faisant disparaître leur habitat naturel. Si la faune urbaine est considérée comme dangereuse et néfaste, certaines villes s’efforcent d’encourager sa prospérité via l’intégration de toits verts et de corridors biologiques dans leur planification urbaine. Nous apprenons dès notre plus jeune âge à traiter les autres avec respect : n’oublions pas d’appliquer cette règle à nos voisins à fourrure et à plumes et efforçons-nous de faire preuve de davantage respect par rapport à leur vie et à leur habitat.

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