« L’Agrilus planipennis se nourrit des frênes d’Amérique du Nord ». Derrière cette phrase banale se cache une réelle menace. Agrilus planipennis est le nom scientifique de l’agrile du frêne (« Emerald Ash Borer » en anglais), une espèce de coléoptères d’un vert émeraude brillant originaire du nord-est de l’Asie qui élit domicile dans les frênes pour se reproduire et se nourrir.

Les femelles adultes se nourrissent des feuilles des frênes et pondent leurs œufs dans les fissures et les crevasses de leur écorce. Lorsque les œufs éclosent environ deux semaines plus tard, les larves s’alimentent sous l’écorce accumulant ainsi des forces tout en détruisant progressivement l’arbre de l’intérieur. Les jeunes agriles creusent des tunnels sinueux dans l’arbre et perturbent la circulation des nutriments photosynthétisés et de l’eau jusqu’aux feuilles en s’attaquant férocement au phloème, au cambium et au xylème, trois composants du tissu de l’arbre indispensables à sa survie. Les jeunes agriles restent ensuite dans l’arbre pendant un à deux ans avant d’en sortir à l’âge adulte en dévorant l’écorce pour se libérer.

Selon les scientifiques, l’espèce s’est répandue dans le nord du Michigan il y a près de 15 ans après avoir été introduite accidentellement via des matériaux d’expédition tels que des caisses en bois. Avant de découvrir la menace qu’ils représentaient, on savait peu de choses sur ces coléoptères. Dans le nord-est de l’Asie dont il est originaire, l’agrile du frêne (AF) est présent à de plus faibles densités et cause par conséquent moins de dommages aux arbres indigènes. Au-delà de son territoire d’origine, l’AF est toutefois considéré comme un prédateur, une espèce envahissante qui détruit les arbres qu’il occupe et perturbe l’écosystème de la forêt.

Au Canada seulement, cet insecte ravageur a tué plus de dizaines de milliers de frênes et menace la survie des spécimens restants. Il est difficile de visualiser les effets concrets de ce ravageur. Pour mettre cela en perspective, la disparition des frênes pourrait être comparée à un gouffre dans l’écosystème forestier. Leur disparition peut entraîner l’érosion du sol dans les cours d’eau suite à la perte de racines; des trous dans le couvert forestier impliquent une augmentation de la température de l’eau en raison de l’exposition solaire; la biodiversité des herbivores reposant sur les arbres pour leur alimentation est menacée, tandis que les espèces envahissantes, jusque-là contenues, se multiplient et prennent le dessus en se développant à grande vitesse dans le climat forestier. Un nouveau modèle cyclique émerge alors que l’agrile du frêne dévaste tout sur son passage en infestant nos forêts.

En l’absence de contrôle de sa population via des prédateurs, des parasitoïdes ou des arbres plus résistants comme ceux existant en Asie, cet insecte ravageur continue à se propager et à détruire nos espèces de frênes vulnérables à travers le pays. Des scientifiques canadiens ont récemment élevé en laboratoire des Tetrastichus planipennisi, des guêpes originaires d’Asie qui ne piquent pas et qui constituent un ennemi naturel de l’agrile du frêne. Cette expérience s’inscrit dans le cadre d’un projet de « lutte biologique » à grande échelle destiné à endiguer la population d’AF. Le principe : les femelles guêpes pondent leurs œufs dans les larves d’agrile du frêne, dont les jeunes guêpes se nourrissent une fois les œufs éclos, entraînant ainsi la disparition des larves de l’hôte. Il est intéressant de noter que ces guêpes originaires de Chine n’ont aucun impact sur les humains et sur l’écosystème environnant d’Amérique du Nord selon les chercheurs. Les guêpes continuent d’être disséminées en Ontario et au Québec en vue de limiter les pertes de frênes.

Quasiment toutes les provinces ont mis en place des mesures strictes afin de garantir l’extermination de l’AF. Fort de sa détermination, l’agrile du frêne conserve son titre d’espèce envahissante parmi les plus menaçantes. Grâce à la pression exercée afin de détruire l’habitat de ces insectes destructeurs et au développement de nouvelles méthodes innovantes pour les capturer et les combattre, espérons toutefois que les frênes d’Amérique du Nord connaîtront un prompt rétablissement.