De la vallée du fleuve Mississippi jusqu’en Ontario et au Québec, et du Canada atlantique à l’ouest de la frontière de la Saskatchewan, les municipalités, les propriétaires fonciers privés, les agriculteurs et même le personnel d’entretien des terrains des hôpitaux luttent contre une redoutable plante envahissante : le nerprun.

Le nerprun est arrivé en Amérique du Nord assez innocemment. Au 19e siècle, des paysagistes ont fait venir cet arbuste ornemental d’Europe, principalement pour le planter comme haies. Les partisans du nerprun louaient ses feuilles vertes et brillantes et sa capacité à s’épanouir dans une large gamme de conditions : de l’ombre au plein soleil et dans un sol sableux comme argileux. Hélas, il y a bien longtemps que cette plante s’est échappée des cours et a entamé une vaste conquête de la forêt. Sa résistance est devenue une menace.

Le nerprun produit des feuilles plus tôt et qui durent plus longtemps que celles des autres plantes. Pouvant atteindre une hauteur de sept mètres pour un tronc de 25 cm de diamètre, il peut coloniser tous les environnements, des milieux humides aux plantations de conifères. Grâce à sa canopée dense, aucun rayon de soleil ne peut par exemple atteindre un semis de chêne ou d’érable indigène qui chercherait à émerger du sol. Les chevreuils et le bétail refusent de manger ses feuilles. Cependant, à la fin de l’été, le nerprun « est couvert de baies que les oiseaux adorent manger », fait remarquer Michael Petryk, arboriculteur agréé chez Arbres Canada. En se déplaçant, les oiseaux excrètent les graines de nerprun, les dispersant ainsi dans une vaste zone.

L’arrivée plus récente au Canada d’une autre espèce envahissante, l’agrile du frêne, a ouvert un nouveau front pour le déploiement du nerprun. Alors que les frênes sont détruits par ce vorace coléoptère, le nerprun s’impose de manière agressive pour combler les espaces laissés vides, prenant la place d’arbres et d’arbustes indigènes. Confronté à peu de prédateurs, pathogènes ou parasites domestiques, le nerprun continue de ravager la biodiversité sur son passage.

Que pouvons-nous faire? L’une des techniques consiste à arracher le nerprun. Par exemple, la Ville de Winnipeg a fourni des pinces-étaux à des équipes de bénévoles pour arracher le nerprun aux racines afin de tenter d’éliminer la plante du parc Munson. Des photos récentes montrent que le nerprun ayant été éradiqué, des trilles ont trouvé de l’espace pour pousser et fleurir dans le parc. Conservation de la nature Canada a organisé des événements pour que des bénévoles coupent et éliminent le nerprun sur son terrain situé sur la péninsule du Niagara. Un problème subsiste toutefois : le nerprun va repousser sur les souches coupées.

La lutte contre la repousse du nerprun peut inspirer un langage assez coloré. Le rapport de la Nouvelle-Écosse intitulé « Monsters in the Marsh! » (Des monstres dans le marais!) décrit la bataille épique menée par des équipes de bénévoles grâce à des fonds publics et privés, qui se sont associées pour arracher le nerprun dans le marais d’Annapolis Royal. Les enfants ont arraché les plus petites plantes à la main, tandis que les adultes utilisaient des outils de désherbage. Les bénévoles ont procédé à l’annelage des arbres dont le tronc mesurait plus de 2 cm de diamètre.

D’autres ont tenté d’éliminer le nerprun en appliquant du glyphosate sur les souches coupées. Cependant, les équipes de Nouvelle-Écosse ont fait le choix de ne pas utiliser ce produit chimique dans un habitat marécageux « par peur que l’herbicide endommage ces écosystèmes sensibles ». Un étudiant de l’Université du Wisconsin à Madison propose une alternative : il a inventé le « Buckthorn Baggie », un sac en plastique noir très solide que l’on peut attacher avec un collier de serrage à la souche coupée d’un buisson de nerprun pour l’empêcher de repousser.

BioForest, une entreprise innovante qui cherche à améliorer la santé des arbres au Canada, offre également une solution grâce à son herbicide biologique. BioForest fabrique du LALCIDE CHONDRO, un produit dont l’ingrédient actif, le Chondrostereum purpureum, est un phytopathogène fongique naturel que l’on trouve facilement dans les écosystèmes forestiers canadiens. Le champignon libère une enzyme qui provoque une réaction foliaire appelée « maladie du plomb parasitaire » sur les pousses après la coupe. Cette maladie inhibe les pousses des souches et, à terme, les tue. Le risque pour les espèces non ciblées est très limité, puisque le Chondrostereum purpureum requiert une plaie récente pour la colonisation et qu’il s’agit d’une pâte (et non d’une application aéroportée) qui est appliquée directement sur la souche cible nécessitant une intervention. L’entreprise décrit ce produit comme « une solution biologique qui offre une option plus respectueuse de l’environnement pour les gestionnaires de végétation qui peuvent être limités dans leur utilisation d’herbicides chimiques ».

Le LALCIDE CHONDRO ne nécessite qu’une seule application par souche et un permis d’épandage de pesticide est requis pour appliquer le produit. L’entreprise recommande d’appliquer cette pâte entre la mi-juin et début juillet (une fois que toutes les feuilles du nerprun ont poussé) dans les 30 minutes suivant la coupe ou l’annelage de la plante.

Quelle que soit la méthode utilisée pour éradiquer le nerprun, l’élimination de cette plante envahissante ne représente que la moitié du travail. Une fois le nerprun éliminé, les bénévoles du marais d’Annapolis Royal sont par exemple revenus pour planter des espèces adaptées à un environnement aquatique comme le sureau, le cornouiller, la pruche, le chêne rouge et la canneberge. Les membres de l’association « Friends of the Marsh » ont ensuite installé du paillis autour des bases des nouveaux semis indigènes pour éliminer toute semence de nerprun et donner à ces arbres une longueur d’avance, espérant ainsi ramener la biodiversité dans le marais.

Référence (en anglais seulement) :