« Eh bien, je suis content de ne pas être votre mari. »

Je me souviens que mon esprit s’est emballé dans les dernières minutes du débat de cet événement que j’animais. Je me demandais ce que j’avais pu dire ou faire pour mériter un commentaire si déplacé. J’étais tout simplement choquée. Alors je n’ai rien dit et j’ai continué à parler.

Certains moments, comme celui-ci il y a dix ans, nous marquent. Malgré les années qui se sont écoulées, ce commentaire m’est resté.

J’ai eu la chance d’avoir de solides figures féminines dans ma vie : ma sœur, ma mère, ma grand-mère, ma tante, des amies et plusieurs professeures et mentores. Pendant longtemps, je n’ai pas vraiment réfléchi à leur influence sur moi et je n’ai pas mené mon travail ou ma vie en prenant en considération les questions de genre. En tant que Canadienne de deuxième génération d’origine arménienne et en tant que fille, j’ai sans aucun doute reçu une éducation conservatrice.

J’ai découvert la foresterie urbaine lorsque j’ai commencé ma maîtrise en conservation forestière à l’Université de Toronto où j’ai appris des politiques, des techniques et des technologies. En approfondissant le sujet lors de mes recherches doctorales à l’Université York, j’ai commencé à mesurer toute l’étendue de la marginalisation dans cette industrie et au sein de toutes les disciplines connexes. À travers le prisme de l’écologie politique, ma recherche se concentrait sur les perspectives et la construction de l’identité dans le milieu de l’arboriculture (Bardekjian, 2015). C’est à ce moment-là que s’est véritablement manifesté mon intérêt pour l’équité entre les genres et le travail des femmes.

Par la suite, dans le cadre de ma recherche postdoctorale à l’UBC, j’ai examiné la participation et l’expérience des femmes en Amérique du Nord pour comprendre les barrières auxquelles elles sont confrontées et les stratégies qu’elles utilisent pour les surmonter (Bardekjian et al, 2019). Un sondage mené sur plus de 500 femmes à travers le Canada et les États-Unis a notamment révélé que 68 % des participantes avaient le sentiment que les obstacles qu’elles rencontraient étaient liés au fait qu’elles soient des femmes. Les résultats montraient par ailleurs que les trois principaux obstacles rencontrés par les femmes dans leur environnement de travail étaient : la discrimination, le sexisme et le harcèlement; le fait de ne pas être prises au sérieux; et le sentiment que la formation qu’elles avaient reçue n’était pas suffisante pour exercer leur rôle. Cela a des répercussions significatives en matière de développement professionnel, de santé mentale, de maintien en poste du personnel et de recrutement. Les résultats ont également mis au jour des suggestions de stratégies pour offrir des possibilités de leadership, dont du mentorat; le renforcement de la confiance en soi; les compétences en communications et de meilleures façons d’exprimer la volonté des femmes; ainsi que de meilleures options pour parvenir à concilier vie professionnelle, personnelle et familiale.

Tout au long de l’année 2018, j’ai eu le privilège de partager les résultats de ces recherches dans le cadre de plusieurs conférences et de participer à de nombreux débats aux côtés d’autres femmes en foresterie urbaine, arboriculture et gestion des ressources naturelles.

Les femmes rencontrent de nombreux obstacles — et elles veulent en parler! Les anecdotes et les exemples sont innombrables ici comme partout dans le monde, mais peu de chiffres viennent les appuyer. Il existe un besoin collectif de partager nos histoires et de créer des espaces pour que ces voix soient entendues. Dans la foresterie urbaine et l’arboriculture comme dans d’autres domaines, de nombreuses occasions se créent pour les femmes d’échanger entre elles et de partager leurs histoires et leurs expériences; de demander des conseils; et de bâtir une communauté fondée sur la confiance et le leadership. Cela est vrai au Canada comme à l’international.

Plusieurs initiatives ont été lancées pour s’attaquer aux inégalités entre les genres en foresterie urbaine et en foresterie en général au Canada et au-delà, dont celles qui figurent ci-dessous :

• Politique et planification d’action : Gender Equity in the Forest Sector; Fem4 Forests
• Conférences et congrès : Forests in Women’s Hands; Women’s Forest Congress; Women in Trees et Women in Natural Resource Sciences
• Événements et activités : Women in Arboriculture
• Réseaux : Women in Trees; Women in Wood
• Ateliers de formation professionnelle (p.ex. Her City Toolbox – Nations Unies)

Selon moi, les échanges interculturels permettent de tisser un récit plus vaste sur la collaboration, la compréhension et l’émancipation à travers le monde.

Adrina Bardekjian, MFC, Ph. D. (Arbres Canada) et Liza Paqueo (US Forest Service International Programs) au World Forum on Urban Forests, Mantova, Italie, 2018.

Afin d’apporter notre contribution, ma chère amie, co-autrice et collègue, Liza Paqueo du Service des forêts des États-Unis et moi-même avons lancé une série de débats mensuels baptisée « Where Women Choose to Walk: Paths to improving cities and nature » que nous avons inaugurée lors du récent festival Nature of Cities. Notre objectif est de réunir les femmes qui travaillent dans les ressources naturelles urbaines pour qu’elles partagent leurs expériences et leurs stratégies, qu’elles apprennent les unes des autres et qu’elles se soutiennent mutuellement afin de créer une communauté de pratique globale inclusive. Au cours de l’année à venir, chaque mois nous explorerons et traiterons une large gamme de sujets avec des intervenantes du monde entier. Nous évoquerons par exemple les femmes dans le milieu de la recherche, les valeurs communautaires, la maternité et l’éducation des enfants, les organisations dirigées par des femmes, l’intendance et la survie, les moyens de subsistance et la résilience. Les sessions seront enregistrées et partagées sur YouTube.

Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, notre discussion se concentrera sur la maternité avec ses côtés merveilleux, mais aussi ses défis. Nous parlerons notamment de conciliation de la vie professionnelle, personnelle et familiale; de carrière et de politiques en milieu de travail; de changements d’identité et de conventions culturelles; d’éducation respectueuse de l’environnement; et de moyens de subsistance alternatifs durant la pandémie. Cette session est ouverte à TOUTES ET TOUS : femmes avec ou sans enfants, hommes, personnes de tous genres et âges confondus. Inscrivez-vous dès maintenant pour participer à cet événement.

Joignez-vous à nous pour les prochains épisodes et continuez la conversation en ligne sur les groupes Facebook suivants :

  1. Women in Urban Natural Resource Management, Beyond Trees Network
  2. Moms Working in Environmental and Natural Resource Management

 

Adrina C. Bardekjian, MFC, Ph. D.
Gestionnaire des programmes forestiers urbains et du développement de la recherche, Arbres Canada
Professeure associée de foresterie, Institute of Forestry & Conservation, Faculté Daniels, Université de Toronto

 

Références (en anglais) :

Bardekjian, A., Nesbitt, L., Konijnendijk, C., et Lötter, B. (2019). Women in urban forestry and arboriculture: Experiences, barriers and strategies for leadership. Urban Forestry and Urban Greening, (46).

Bardekjian, A. (2019). Women in Urban Forestry, Arboriculture and Natural Resources: Reflections on three panel discussions. Blogue d’Adrina Bardekjian.

Bardekjian, A. et Paqueo, L. (2019). Beyond Trees: Growing international stewards in non-traditional ways. In Campbell, L., Svendsen, E., Sonti, N., Hines, S., et Maddox, D. (Eds.), Green Readiness, Response, and Recovery: A Collaborative Synthesis. Gen. Tech. Rep. NRS-18x. Newtown Square, PA: Département de l’Agriculture des États-Unis, Service forestier : 292-305. https://doi.org/10.2737/NRS-GTR-P-185-paper20.

Bardekjian, A. (autrice, réalisatrice). (2018) Women Branching Out: A diversity of careers in arboriculture and urban forestry [FILM].

Bardekjian, A. (2017). Women In Trees: Sharing Experiences and Lessons. City Trees: Journal of the Society of Municipal Arborists (July/August 2017, pg. 10-13).

Bardekjian, A. (2015). Learning From Limbwalkers: Arborists’ Stories in Southern Ontario’s Urban Forests. (Accession No. 10315/30088) [Doctoral dissertation, Faculty of Environmental Studies, Faculté des sciences environnementales, Université York, Toronto, Ontario]. YorkSpace. Consultable à l’adresse : http://hdl.handle.net/10315/30088